Promenade nocturne

août 3, 2008

Ce court roman entraîne le lecteur dans la découverte du monde des sensations du Japon traditionnel.
Le narrateur se promène, la nuit de la fête de la lune, autour d’un ancien palais impérial, le long d’un fleuve bordé de champs de roseaux.
Des poèmes classiques lui reviennent en mémoire dont un, en particulier, scandant le rythme de la promenade et des réminescences:

 

“Je regarde dans le lointain,
Le pied des montagnes est enveloppé de brumes.
Rivière Minase!
Pourquoi avoir préféré
Les soirs d’automne?”


Et nous voilà plongés dans l’univers captivant des empereurs disparus, des quartiers de plaisirs, des geishas…
La pleine lune est propice aux rêveries, à la poésie, à l’imagination. Les roseaux chantent sous le vent d’automne et soudain une rencontre…
Le lecteur lit alors une histoire d’amour aussi pure que dérangeante. Une question s’insinue au fil des lignes: où se situe la frontière entre la vénération d’un amour épuré et la perversité de l’inaccessible amour?
Les roseaux ondulent et nous emportent….
Une lecture à l’atmosphère apaisante et mystérieuse.

Bruissements des bambous

août 3, 2008

On dirait un conte (le récit commence comme un conte : “Il était une fois…”). Un conte cruel et fataliste. Mizukami transporte de lecteur dans une région reculée du Japon, dans un village perdu dans les montagnes, entouré de bambouseraies.
Il nous raconte le Japon laborieux, deshérité, pauvre: la région nous apparaît inhospitalière tant elle est humide, sombre et froide.
C’est une histoire de solitude et d’amour inassouvi où une courtisane rencontre un génial artisan nabot et contrefait. Rencontre insolite augurant une fin heureuse.
Cependant, ce roman n’est pas un documentaire, loin s’en faut.
On y retrouve une récurrence des thèmes : la mort, comme dans Le temple des oies sauvages, ouvre et ferme le roman, l’art,élément qui survit, qui donne l’éternité à l’artiste, le mal de vivre du héros qui se desespère de sa laideur, de sa petite taille (on se rappelle le moinillon du temple des oies sauvages).
Poupées de bambou est aussi un huis-clos, souvent oppressant, diffusant une atmosphère en permanence menaçante (due à la présence des bambous).
On espère jusqu’au bout une issue heureuse mais un souffle de vent fait bruire les bambous…

Je me suis délectée de l’écriture minimaliste, très “zen”, de  qui sait mettre en valeur, par la grâce de quelques mots et expressions, son univers intérieur, son imagination et son Japon.

Japonitude

août 3, 2008

Un étrange roman où se côtoient trois personnages qui vont être au coeur d’une intrigue presque policière.
Le roman s’ouvre et se referme sur une disparition. Entre les deux parenthèses, Mizukami amène le lecteur à essayer de comprendre l’ultime disparition, celle du maître du temple de Kohôan, par une dramatisation progressive du huit-clos des trois personnages.
Tout semble tranquille, immuable, bercé seulement par les peintures des oies sauvages de Nangaku Kishimoto, tableaux vivants et aériens.
Peu à peu les rancoeurs et les humiliations subies par le novice vont rendre l’atmosphère de plus en plus pesante, comme la règle de la secte.
Peu à peu la maîtresse du Supérieur (celui qui a disparu) sera oppressée par la présence silencieuse, muette mais tentaculaire, du novice, oppression qu’elle oublie dans le libertinage imposé par le maître du temple.
Peu à peu au fil des phrases, quelques ronds dans l’eau viennent rider, troubler, la surface lisse du huis-clos.
Le dernier chapitre est la chute soupçonnée du roman. Mizukami, en maître japonais de l’écriture, est concis, direct quand il juge cela nécessaire au bon déroulement de l’intrigue. Mais il sait, aussi, disséminer la poésie des haïkus et des thèmes privilégiés de la peinture japonaise. Ainsi, cette “phrase-haïku”: “Quand on foulait les feuilles mortes jonchant la terre, on mettait en fuite quelques oiseaux.”
Un roman court, mais dense, d’une épure stylistique extraordinairement agréable.

Promenade dans le fantastique japonais

août 3, 2008

Voilà un bien gros livre au titre alléchant…des chroniques, tout un programme me suis-je dit ! Pour le coup, je n’ai pas du tout été déçue : je suis tout de suite entrée dans le mouvement, la respiration du livre. De même que dans son univers très particulier où le fantastique apparaît au moment où on s’y attend le moins.
Les personnages sont extraordinaires : loufoques, étranges, inquiétants, attendrissants et emportent le lecteur dans un tourbillon d’actions et de questionnements : connaît-on bien la personne qui partage notre vie, connaît-on bien nos proche ? Quelle est notre face obscure ? Peut-on la déceler chez autrui ? L’auteur a une approche bouddhique pour amener le lecteur à y répondre. La méditation du héros l’amène à la transe et lui permet de ne plus connaître (lors de ces moments-là) la pesanteur de l’enveloppe charnelle ou matérielle de son être et des objets.

C’est aussi une quête initiatique : découvrir son moi profond, découvrir que le sentiment d’amour entraîne un surpassement de soi. L’auteur fait naviguer le lecteur dans un dédale de genres littéraires : la quête initiatique des romans médiévaux japonais, le roman policier, le roman historique (avec les chapitres consacrés à la guerre russo-japonaise), le roman philosophique et le roman fantastique (presque gothique lors de certains passages sombres et inquiétants).
Un vrai bonheur de lire…

Hello world!

août 2, 2008

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